HAMLET: un médicament contre le cancer issu... du lait maternel?


Sous le beau nom d'HAMLET se cache peut-être un extraordinnaire médicament contre le cancer. Le nom Hamlet -qui n'a d'autre objet que de donner des accents shakspeariens à d'austères publications scientifiques- signifie ''Human Alpha-lactalbumine made lethal to tumor cell'' qui traduit en français donnerait ''alpha lactalbumine modifiée tueuse de cellules tumorales''. L'alpha-lactalbumine est une protéine du lait dont on retrouve différentes variantes chez l'ensemble des mammifères. Les molécules d'HAMLET sont le produit d'une réaction complexe entre alphalactalbumine et acide oléique ( acide oléique est l'acide gras principal de l'huile d'olive notamment) produite par une bactérie intestinale commune appelée e coli. Pour exprimer le phénomène plus simplement encore: une bactérie mélange acide oléique et alphalactalbumine et produit un composé nouveau.

Cette réaction se produit très certainement au sein de l'intestin des nourrissons et pourrait faire partie des mécanismes apparus au cours de l'évolution réduisant le risque de cancer chez l'enfant. Mais le sujet de la production "naturelle" d'HAMLET est encore un sujet très mal connu.
En revanche, les travaux de laboratoire sont beaucoup plus avancés avec des résultats souvent spectaculaires.
Les molécules d'HAMLET provoquent l'apoptose, c'est à dire le suicide, de plusieurs types de cellules cancereuses, notamment dans le cas du glioblastome et du cancer de la vessie. Le mécanisme d'apoptose est un mécanisme "d'autodestruction contrôlée" un peu à la manière des immeubles qui s'effondrent sur eux-même en épargnant les bâtiments alentours: la cellules se fragmentent doucement, et les débris finissent absorbés par les tissus environnant ou par des agents immunitaires. Cette réaction naturelle et programmée chez les cellules normales est défaillante voir absente chez les cellules cancéreuses. Rétablir au sein des cellules tumorales ce mécanisme est donc une stratégie thérapeutique particulièrement intéressante car très peu dommageable pour l'organisme.

les molécules d'HAMLET ont ainsi permis, sur la souris, une réduction très importante de la taille des tumeurs produites par un glioblastome (un type particulièrement mortel de tumeur cérébrale). Chez les souris traitées par injection d'HAMLET la taille des tumeurs était en moyenne de 63 mm3 contre 456 mm3 chez les souris non traitée. Les souris traitées ont vécu plus longtemps et sans montrer d'effets secondaires.

Chez l'homme cette fois, un premier essais clinique paru en janvier 2010 a montré que des injections d'HAMLET au sein de la vessie ont pu réduire la taille des tumeurs et la vitesse de développement du cancer de la vessie sans montrer d'effets secondaires. Les HAMLET, malheureusement pratiquement inconnus en France, compte parmi les médicaments potentiels contre le cancer les plus prometteurs de ce début de siècle.

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